Carambille rentrait en train. Carambille était énervée. Carambille se demandait ce que tout cela voulait bien dire. Carambille grognait sur le titre “Lettre à un ami qui a voté NON“ du Nouvel Observateur que lisait le gonze assis en face d'elle. Carambille se souvenait qu’elle avait rendez-vous avec la Annick Baudoin. Carambille pensait « Annick ta mère ». Carambille d'ailleurs écoutait à fond la caisse l’antique « Paris sous les bombes » de NTM. Carambille se fendait la pipe. Carambille allait au boulot. Carambille comptait les gares qui défilaient. Carambille était à la bourre. Carambille ne grognait plus. Carambille grinçait des dents sur les titres du Figaro que lisait le gonze assis en face d'elle (celui qui avait remplacé le gonze d'en face de tout à l'heure). Carambille pensait que c'était une épreuve et que le prochain lirait « Le point » et le suivant « Minute » et ainsi de suite. Carambille se disait qu'il ne fallait pas qu'elle aille seule le soir même au rendez-vous avec la dite et re-dite pas sainte Baudoin-Annick-qui-tu-veux. Carambille téléphonait à Spéranza von Defoe pour lui demander de l'accompagner. Carambille supportait l'incroyable répondeur de sa meilleure amie qui chantait à tue tête « Alexandrie !! Alexandra !!! Je suis dans ta vie ! Je suis dans tes draps ... etc... » (beau camouflage de libertaire et aussi vraie passion de Ranza' pour cette chanson). Carambille raccrochait. Carambille voyait Paris arrivé à tout berzingues. Carambille sortait du train en répondant au message de Spéranza qui lui même répondait au message de Carambille.
Bref ! Ouf ! O la ! Enfin, alles se mirent d'accord pour se rendre zensemble au 96 rue de Charonne (tu parles d'une putain d'adresse se disait « muettement » Carambille... va porter la poisse ça...).
Re-ouf-bref-ola-enfin (c'était bien là le mot!!!) Carambille (gentille fille un rien toc dont nous vous avons déjà – semble-t'il – entretenu... mais si souvenez-vous!!! ), Carambille donc arrivait au boulot.
Entrée fracassante dans le hall de la Direction De District (DDD) où tout le service de l'accueil l'accueillit (ben voui font bien leur boulot les collègues!!) avec un « On a gagné!! ». Ce qui interloqua (on aime ce mot finalement, mais pas autant que “inénarrable“ ni “donc“) les usagers des lieux (que par dérapage très contrôlé, et qui en disait politiquement long, le directeur s'autorisait hypocritiquement à nommer « clients » (« oh c'est idiot, je me suis trompé!! Quelle bévue !! Les syndicats vont me tomber dessus... ah! Ah! Aah!)... Bon ! Nous acceptons exceptionnellement de reprendre la phrase au début pour le ceuxes qui sauraient pas lire la littérature avant-avant-gardiste que nous proposons (voui ben si on le dit pas nous qu'on fait de la Littérature : peut toujours se brosser pour que les autres le disent)(surtout qu'on rigole bien aussi)(et même surtout surtout)... Alors la phrase c'est : Ce qui interloqua les usagers des lieux (que par dérapage contrôlé le directeur s'autorisait à nommé « nos clients »). OUF!!! Maintenant tout le monde est au fait ??? OK ! Alors on continue!
Alors, Carambille, afin d'éclaircir nettement le propos des agents de l'accueil accueillant, s'écria : « Eh oui : 56% dans les dents!!!. Salut les camarades! » et s'éclipsa sous la verrière pour atteindre l'ascenseur qui la mènerait au premier étage du bâtiment Z, endroit où était sis son bureau.
Vous nous direz qu'elle aurait put monter à pieds, la Carambille... mais la Carambille aimait par-dessus tout (enfin c'est un peu exagéré) aimait bien (voilà, c’est tout de même plus nuancé !!) croiser les collègues dans l'ascenseur et prendre au vol les propos et commérages du moment...
La pioche fut bonne, puisque Jean-Luc (le gestionnaire du troisième) et Cédric (l'homme à tout faire de la direction, et néanmoins vacataire précaire de son état) (tiens ! tiens !! … déjà 2 vacataires dans cette histoire… nyaurait-il un problème de sous-effectif et donc par voie de conséquence beaucoup de vacataires au Ministère XXX ???), accompagné de Jean (chef de service qui avait du se perdre dans les couloirs) arrivèrent, sautant en même temps qu'elle dans le véhicule ascendant (périphrase) (si ly'a l’error vollaiz laizé oune commentaire zà l’éditor).
Les trois garçons étaient bien goguenards. Ça pouffait sec sous cape. Carambille fonça dans le tas (pour changer... tu penses) : « Qu'est-ce que vous avez à rigoler comme ça ? ». Jean s'enquit (la vache!! du verbe s'enquérir! Ça vous la coupe là) de l'explication (comment ça c'est pas employé à propos??? et alors???)... « C'est Jean-Luc qui dit que La Joyeux est un peu... d'après lui... portée sur.. ». La Joyeux c'était la responsable du trésor (comme on la nommait) (c’est à dire des fournitures) (celle qui distribuait les gommes, les crayons... mais pas la Révolution)... Cédric ajoutait « Tu crois qu'elle pourrait me coincer dans un couloir ??? Ouah !!! Je veux bien tenter ma chance... ». « Finalement pour ta promotion en tit' ça pourrait peut-être le faire!! » accentuait Jean-Luc. Et Carambille de conclure avant de descendre de la (love) machine : « Oui pour les précaires c'est même pas la promotion canapé, c'est la promotion couloirs... Va falloir faire un tract là-dessus !!! Bonne journée les gars et bon courage ». « Merci Carambille!!! ».
Notre protagoniste préférée se glissa en douce dans son bureau. Elle voulait prendre connaissance de l'étendue des dégâts avant de voir quiconque. Et surtout pas son chef de service et encore moins son encadrant de proximité, Verdier, qui pestait toujours sur ses absences syndicales tout en lui assurant que ça le déchirait car par ailleurs il était de gauche et savait qu'il fallait des gens comme elle mais que tout de même on aurait put le prévenir d'emblée, lors de l'arrivée de Carambille dans son pôle, de l'activisme de cette dernière car alors il aurait refusé de travailler avec elle...bla...bla bla...bla bla bla... C’est bête (on allait écrire « con » mais on s’est retenu) car à part être total branque, voire complètement caractériel, l’était aussi très sympa le Verdier… snif…
Sur le bureau, les dossiers n’avaient toujours pas été descendus. Les parapheurs n'étaient pas remontés. Les post-it, qui coloraient son écran d'ordi lui expliquaient que le BAF (dit aussi « tête à claque »)(bureau des affaires financières) n'avait toujours pas mis au point les nouveaux formulaires qui découlaient de l'expérimentation de la LOLF (voir épisode 5) et encore moins (oui 2 fois « encore moins »!) les modèles de conventions journalières ou mensuelles ou annuelles ou tri-annuelles ou financières ou d'objectifs ou de mission ou ... Pour faire court : rien n'avait avancé.
Carambille mit en oeuvre l'envoi des 5000 réponses aux usagers quant à leur demande d'indemnisation pour l'année en cours. A l'aide de lettres types, du publi-postage, de l'édition d'étiquette, de quelques copier-coller (merci Bill Gates !!!) et d'un coup de bras et / ou tour de main (merci manman qu’était chef ouvrière bobineuse chez Schneider alias finalement Wendel and co !!!) coup et tour héréditaires, certes, mais dont elle avait peaufiné la technique lors des envois des divers documents et journaux syndicaux, elle mit à peine une demi-heure à venir à bout de sa tâche (non non on exagère pas… l’est tombée dans la potion magique quand elle était petiote la Carambing…). Ceci contraria fortement Verdier qui souhaitait avoir l’occasion de lui reprocher quelque chose, et notamment le retard qu’il escomptait constater (style) sur l’envoi des 5000 courriers sus-décrits.
Manque de bol (d'ailleurs avait une coupe au bol indéfinissable le Verdier) (on hésite entre Bazin et Sollers pour la décrire) (n’arrive pas à trancher) (le lecteur choisira donc de lui-même), Carambille descendait ses enveloppes au service courrier lorsqu'il la croisa à mi-étage. « J'ai fini !! » dit-elle en se mordant les joues pour ne pas rire. « Bravo et Merci !!! » répondait Verdier en se mordant les joues pour ne pas pleurer de rage presque.
Aux pieds de l'escalier Carambille croisait Mireille, Magali, Ambre et Marie qui terminaient leur pause cigarette. Le grand sujet du jour était encore et toujours la mère Gentille et ses jetées de parapheurs. Marie devait se retaper 500 courriers car elle avait mis une virgule sur les adresses après le mot « rue », et Ambre devait refaire pour la vingtième fois son courrier aux structures hospitalières ayant demandé un dossier... N'y avait de l'électricité dans l'air. Ambre trè très remontée dit subitement : « Devrait se pendre un coup de bite de temps en temps la Gentille... Nous enmouiserait moins... », et Marie de supersurrenchérir : « C'est bien vrai... l'a l'air d'en avoir bien besoin »; cependant comme Mireille (qui donnait des cours de divination aux agents de la Direction de District - tous les jeudis entre midi et deux – pour les inscriptions laissez un message à l’éditeur et on vous répondra pas) relativisait l'effet dit du dit coup avec un : « Les choses ne sont pas toujours aussi simple que cela ! Non ! Ce n'est pas aussi simple que cela », et Magali, elle, avec son air angélique habituel mais un teint soudainement plus rosé, affirmait sans sourciller : « Oui ben tout de même, des fois ça calme un peu, non? ». Éclat de rire général de nos 5 donzelles.
Se séparant du groupe, Carambille, reliant cette scène à celle de l'ascenseur, se dit qu'il y avait très certainement une capsule d'aphrodisiaque coincée dans les tuyaux de la climatisation, et qu'il faudrait en parler au prochain CHS (voire convoquer un CHS en urgence) (ou bien poser un « droit de retrait »)... Et elle se marra toute seule en pensant que « retrait » était un mot malheureux en l'occurrence.
(à suivre)